Voici une interview avec des camarades ouvriers de l'usine Aulnay-sous-Bois. Les travailleurs de cette usine se mobilisent contre la fermeture programmée du site.
La Cause du Peuple
Où en est la situation à l’usine PSA d’Aulnay-sous-Bois ?
Le climat dans l’usine est devenu insupportable. Les sanctions et les
rapports se multiplient. Un retard de 5 minutes, c’est un rapport qui
peut être suivi d’une sanction, de même pour aller chercher un
casse-croute en quittant son poste, etc.
Les pressions sur le personnel se font de plus en plus fortes. Certains
chefs zélés harcèlent les travailleurs, même quand ceux-ci étaient bien
notés, considérés comme des travailleurs dociles. Ils s’attaquent aux
plus faibles, à ceux qui ont peur en se défendant de perdre leur emploi
ou leurs primes.
Ce harcèlement conduit des travailleurs à la dépression, à des arrêts
maladie, qui entraînent une perte de salaires, voire à des situations
précaires, surtout lorsqu’il n’y a qu’un seul salaire à la maison, des
crédits en cours, ce qui peut engendrer une dégradation du climat
familial, et même à une séparation, voire au suicide pour les plus
fragiles.
Combien d’emplois sont menacés ?
Tous les emplois sont menacés. Ceux qui ont plus de 55 ans, 850
ouvriers, sont en première ligne. Dans l’immédiat la direction a établi
un plan dit de « mobilité ». En quoi consiste ce plan de mobilité : il y
a un bureau où on est libre de se rendre pour des échanges
d’informations. 6 personnes s’occupent de vous recevoir.
En réalité, les informations et les conseils consistent à inciter ceux
qui veulent s’inscrire à accepter des propositions de reclassement soit
dans le groupe, soit ailleurs, avec des indemnités qui ne remplaceront
pas un emploi. On vous cite des témoignages de certains qui ont acceptés
de partir. Untel a réussi à monter un commerce, un café. On ne parle
pas de ceux qui se sont retrouvés quelques mois après un reclassement au
chômage, pas plus que de celui qui a fait faillite. Il n’y a que des
bons témoignages. Car le but est de dégraisser l’usine d’Aulnay en
douceur en incitant les ouvriers à partir.
Combien y a-t-il d’intérimaires à PSA Aulnay ?
Environ 350.
Et quel est le salaire moyen ?
Le salaire moyen ouvrier est de 1250 € net, celui du cadre 2500€, celui d’un ingénieur 5000€.
Quels sont les principaux sous-traitants ?
A l’intérieur même de l’usine, PSA emploie 1000 ouvriers de la société
TRIGO, qui s’occupent du contrôle des pièces et de la finition,
sous-traitant qui lui-même « loue » ses ouvriers à une société
d’intérim. Ainsi, sur demande, elle peut à tout moment remplacer ou
retirer un ouvrier sans avoir à verser d’indemnité de rupture. Emploi 93
joue le rôle d’intérim.
Le plan d’austérité mis en place par le groupe : faire des économies sur tout !
Maintenant, il faut attendre parfois huit jours pour avoir un casque ou
des lunettes de protection, des chaussures de sécurité, au détriment de
la sécurité au travail. Avant les armoires étaient pleines.
La politique de la direction, en mettant la pression sur le personnel,
est d’empêcher tout mouvement collectif et vise à obtenir le plus de
rendement possible avant la fermeture qu’ils ont prévue dans leur plan
de restructuration, de délocalisation. Jouer du chaud et du froid avec
la menace de fermeture.
Leur plan est d’empêcher l’unité des travailleurs de se former pour
s’opposer aux plans liquidateurs du patronat et des actionnaires de PSA
qui n’ont comme seul objectif la recherche du taux de profit maximum
dans le moins de temps possible.
Qu’importe que les ouvriers soient jetés à la rue. Les ingénieurs et les
hauts salaires sont eux-mêmes menacés. Une fois un modèle mis en place,
on n’en conserve que le minimum car l’austérité s’applique à tous sauf
au maître d’œuvre le PDG M. Varin et son bras droit M. Denis Martin,
ceux-là sont à l’abri, ils seront recasés et toucheront une belle prime
s’ils mènent à bien leur plan d’extermination de la force de travail par
la fermeture de l’usine. C’est la logique du système capitaliste dont
ils sont les instruments.
Que font les organisations syndicales ?
Les organisations syndicales font des réunions 2 fois par semaine.
Le SIA, qui avant avait une politique corporatiste de collaboration avec
le patron, est lui-même dans le collimateur. Ses adhérents sont eux
aussi menacés par la fermeture de l’usine. Comme quoi rien ne sert de
servir le patron car on n’en est pas récompensé, après avoir été au
srevice de PSA pendant longtemps, mais jeté dehors une fois le citron
pressé, comme les autres.
FO, la CGC et la CFTC ont une position ambiguë entre contestation et
conciliation. SUD minimise l’élargissement extérieur de la lutte. La
CGT, la CFDT et même le SIA font bloc.
Au fond ce qu’il faut c’est l’unité des syndiqués mais aussi de tous
ceux qui ne le sont pas. Il faudrait que dans chaque atelier, sur chaque
chaîne des comités unitaires se mettent en place.
Qu’espèrent les ouvriers d’un changement de gouvernement ?
Hollande est venu, certains espèrent qu’il tiendra la promesse
d’organiser une réunion avec le patron et qu’il prendra des mesures
pour empêcher la fermeture, d’autres ouvriers n’y croient pas trop.
Tous attendent un vrai dirigeant pour la classe ouvrière qui montre la
voie de notre émancipation, mais avant tout, nous, ouvriers et
travailleurs, devons compter sur nos propres forces, mais aussi sur la
solidarité la plus large des ouvriers dans un front de lutte contre les
fermetures d’usines et les licenciements.
Seule la lutte peut nous permettre d’empêcher la fermeture !
Il faut élargir la résistance, se mobiliser sans plus attendre, ici à
Aulnay et dans les autres usines du groupe pour empêcher la fermeture,
multiplier les initiatives, aller au siège social pour exiger le
maintien du site et de sa production, qui sont le fruit du travail de
milliers d’hommes, ici et en amont, car seul le travail crée la
richesse, le profit des capitalistes n’est jamais que la part qu’ils ont
prélevé sur notre travail. Rien de plus.
UNIS NOUS POUVONS LES FAIRE RECULER ! UNIS NOUS POUVONS VAINCRE !